Le bonheur, et alors ? (3/3)

Le bonheur ne peut rien fonder d’absolu en cela que son objet est changeant tant selon les personnes que pour le même individu au cours du temps. Si l’impératif catégorique n’est pas le sujet de ce billet, cela conduit tout de même à s’interroger : n’y aurait-il pas de bonheur universel ? Il s’agirait là d’une conception propre à chacun, à la fois familière, on a chacun une vague idée de ce que pourrait être son bonheur ou le bonheur de tous, et à la fois absolument flou et changeant. Une telle variation dans sa conceptualisation même est assurément ce qui l’empêche d’être un but, l’objet du bonheur variant au gré des individus et pour une même personne, au gré des événements. Viser un état et non pas des actions, sans avoir de conception précise de la manière d’y parvenir, ne peut conduire qu’à un tâtonnement absurde, à un éparpillement et éloignement de l’état désiré. Ou alors désigne-t-on tout simplement par bonheur un état générique d’accomplissement sans aucune spécificité, qui ne serait alors qu’un concept-valise sur lequel rien ne pourrait être fondé puisque resterait toujours à définir le but « concret » permettant d’accéder audit bonheur ?

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Le bonheur, et alors ? (2/3)

Cela me donne l’occasion de vous introduire un second document formidable (auquel je consacrerai également de plus larges analyses) découvert par pur hasard : Il y a des dieux, de Frédérique Ildefonse, qui a véritablement transformé mon approche d’un bon nombre de réflexions. Ce qui m’y interpelle ici est sa thèse que le bonheur pourrait être dû à la faculté, pour chaque individu, de drainer son énergie psychique. Elle y parle beaucoup de rituels, notamment religieux : le point de départ de son analyse étant la constatation des pratiques rituelles dans les terreiros du candomblé mais il s’agit en réalité de tous ces actes permettant à chacun de ne pas être submergé par sa propre énergie, sa propre puissance. Se libérer des contraintes pourrait-il avoir finalement l’effet inverse de celui escompté ? Une énergie deviendrait alors inutilisée, Ildefonse la dit « vacante », les questions, dont celle du sens, commenceraient à se poser et l’angoisse à monter.

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Le bonheur, et alors ? (1/3)

La présente époque est celle du bonheur arlésien : on n’en a jamais autant parlé et peut-être n’en a-t-on jamais été si loin. En parler, cela semble bien normal. Dans les sociétés occidentales les obstacles matériels à l’apaisement sont ainsi assez largement tombés : nourriture disponible pour presque tous, temps de guerre révolus, niveau de vie en moyenne satisfaisant. Les sujets de réflexion, de croyance se sont par ailleurs en partie envolés : effondrement des idéologies, baisse de l’influence des religions, perte de confiance dans le politique.

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Pourquoi Charlie (2/2) ?

Au sujet des extrémistes, malgré des revendications clairement identifiées, qu’elles soient religieuses ou politiques, ce serait une sombre erreur de voir en eux de plus fervents croyants. Je n’imagine pas que les membres du Ku Klux Klan se soient plus engagés dans leur foi que le reste des protestants, que les inquisiteurs aient plus eu à cœur de défendre leurs valeurs que l’ensemble des catholiques, que les frères Kouachi aient été les plus dévots des musulmans. J’ose même avancer que cela n’a rien à voir avec une quelconque intensité des convictions mais plutôt à celle d’un danger ressenti.

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Pourquoi Charlie (1/2) ?

J’ai longuement hésité.

Prendre la parole sur ces horreurs, alors que je n’ai aucune légitimité, que je ne suis expert en rien, que j’avais auparavant à peine parcouru quelques rares exemplaires du journal… Mais à quoi bon vouloir poser les questions en passant celle-ci, parmi toutes les autres, sous silence ?

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