La question, l’universel ; des réponses, un progrès

Nos affaires concernant le questionnement et l’universel ne sont décidément pas simples.

Je vous indiquais dans mes premiers billets que ma conception de l’absolu passait nécessairement par le questionnement, qu’il s’agissait là de la seule « vérité » possible partagée par tous. Un absolu purement interrogatif : dès qu’une tentative de réponse est apportée, elle en exclut de facto d’autres ; dès que la proposition A est considérée comme vrai, c’est que non-A en devient faux. A et non-A auront pourtant toujours leurs adeptes, nous y reviendrons prochainement. Les réponses érigées en tant que vérités ne sont donc ni partagées par tous, ni ne demeurent dans le temps, a contrario du questionnement originel qu’on peut tout au plus ignorer, en aucun cas réfuter. A la question, au hasard, de savoir si Dieu existe, chacun possède sa propre conviction et les réponses, bien loin même d’être binaires, sont multiples et diverses. Seule la question initiale est partagée. Et c’est à cela que j’ai envie de consacrer mes articles. Le lieu du questionnement, Sans Echo.

C’est que l’emmanchure se complique. Parler d’absolu, fabuleux. Évoquer le questionnement, fantastique. Mais si la réponse est un choix qui élimine des possibilités pourtant partagées par d’autres, elle est donc un pas à reculons de cet universel. Pourtant, sans tentative de réponse, à quoi bon poser la question ? Quel intérêt de lister des interrogations sans les prendre à bras le corps ? C’est la situation paradoxale à laquelle on ne peut qu’aboutir : en voulant répondre pour se construire une vérité, on est de facto obligé de s’éloigner de ce qu’était l’absolu, lorsque aucun choix n’avait encore été formulé. Affirmation et universel ne font ainsi pas bon ménage : la vérité non-interrogative n’est pas faite pour être absolue. Elle est pourtant nécessaire pour que la question originelle soit porteuse de sens, pour qu’elle initie un mouvement intellectuel, pour qu’elle soit  développée, étayée, confrontée à d’autres, pour qu’on puisse s’en nourrir et avancer. Sans tentative de réponse, la question brute sera certes universelle mais restera purement contemplative, génératrice… de vide. La réponse est peut-être relative mais enclenche le progrès.

Je créée donc pour Sans Echo deux séries d’articles qui se complètent. Une première consacrée au cœur de la réflexion sur l’universel et le questionnement sans réponse si ce n’est elle-même (une telle conception étant en effet déjà une réponse… on débrouillera l’argutie plus tard) ainsi qu’une seconde consacrée à des tentatives de réponses, pour permettre un progrès. Cette dernière sera toutefois toujours envisagée sous l’optique de la question porteuse de sens et d’absolu. Si je mène une réflexion, si je ressens telle émotion, c’est moi qui agis ou éprouve : certains s’y retrouveront, d’autres pas du tout, c’en est la nature même, partiale et divisive. La mission que je me fixe est de toujours mettre en exergue, peu importe le sujet, la / les question(s) qui sous-tend(ent) ma réponse. Activement envisager en quoi telle affirmation ou tel ressenti participe d’un absolu potentiel, qu’il s’agisse d’une réflexion sur l’être, le temps ou de la recette des choux farcis. Tel épisode de série TV m’a plu et je suis touché par la mort d’un des personnages ? Au-delà du ressenti passif, à quoi cela fait-il écho ? Alors que certains se foutent royalement de mes appréciations, quelle part d’universel sous-tend pourtant ma réaction primaire ? A quoi nous identifions-nous tous ? Dans la réponse, se reconnecter à une part d’universel.

Pour tenter l’universel et progresser, étayer la question et expliciter des réponses. Entretenir le mouvement entre les deux : que l’absolu ne tourne pas à vide mais soit au contraire moteur, que la réponse ne soit pas faussement érigée en universel mais qu’elle l’irrigue par les questions qu’elle nourrit.

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