Prendre la parole et rallier

Un mois à peine après avoir relancé Sans Echo, j’hésite et oscille. Entre commentaires d’actualité, journal intime, réflexions diverses, une quelconque cohérence peut-elle se dégager? Est-ce bien important, une cohérence ? J’ai toujours du mal à percevoir vers où tout cela se dirige.

Une grosse partie de ce que je vous écris aujourd’hui, je l’ai rédigé en février 2015, alors que Sans Echo existait depuis deux mois environ. Découragé à l’époque par l’appréhension de ne rien avoir à dire, je n’ai plus rien publié pendant près de deux ans et ce papier est tombé dans l’oubli. Mêmes causes, mêmes effets. Un mois après le revival donc, l’angoisse ne s’est pas faite plus légère, le sens pas plus évident.

Personne n’attend rien de moi et je ne suis donc pas jugé, pourquoi dès lors me mettre martel en tête ? Cela m’inquiète, tout simplement. Chaque nouvel article est une vaste inconnue et, sans de fil conducteur, sans contrainte, une infinité de possibilité. Ildefonse mentionne la « démesure de la liberté qui voue aux apories et à l’impasse du sens ». Si rien n’est défendu, c’est que le champ d’action est illimité : il devient bien difficile de l’investir conséquemment et de s’y construire. Ne pas être borné d’interdits conduirait alors paradoxalement à finir paralysé, écrasé par sa propre puissance. Pouvoir tout faire reviendrait à n’avoir aucune idée de quoi entreprendre qui puisse durer. Si le champ des potentialités ne se réduit jamais, comment établir une cohérence ? Je ne suis pas nécessairement contre l’éparpillement mais le touche-à-tout continuel n’a malheureusement aucune chance de produire du durable, qui puisse compter. J’imagine cet homme s’éveillant dans un monde sans relief, sans chemin, à perte de vue la même étendue. Choisit-il d’avancer dans une direction quelconque ? Trace-t-il une route rectiligne ? Ou bien s’effondre-t-il de ses possibilités et demeure-t-il immobile ? Cette absence de direction ne me laisse décidément pas serein.

Je devais vous conter mon histoire ainsi que tout ce qui pouvait bien me passer par la tête, en ne négligeant jamais la part d’universel. Ouvert à tout, pourvu qu’on y retrouve de l’absolu. En voilà un programme qui écrase… quoi dire ?

Je le sais pourtant. Au diable le sujet, tant que c’est dit. L’important n’est ni le sujet, ni la réponse, c’est de ne pas se taire et de se faire entendre. Partager ou bien disparaître. A ceci près que lorsqu’on croit profondément que tout est volatile, qu’il est ardu de prendre la parole ! Que dire alors qu’il n’y a pour moi d’universel ni à prôner la paix ni à exhorter à prendre les armes, puisqu’il y aura toujours quelqu’un pour défendre ceci ou cela ?

Cela ne m’est cependant pas indifférent. En tant qu’homme, je ressens, je subis et je porte mes convictions. Je vais donc les exposer car ce n’est qu’ainsi que je peux faire progresser. Aucune d’entre elles ne sont absolues, et alors ? Tenter d’influer pour rallier le plus possible. Avoir foi, tout en sachant que ce n’est que ça. Considérer l’absolu en suspendant le jugement et ne considérant que le questionnement, l’embrasser en envisageant toutes les possibilités mais également s’en éloigner et progresser en prenant la parole, en partageant et en tentant de convaincre.

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