Pourquoi Charlie (2/2) ?

Au sujet des extrémistes, malgré des revendications clairement identifiées, qu’elles soient religieuses ou politiques, ce serait une sombre erreur de voir en eux de plus fervents croyants. Je n’imagine pas que les membres du Ku Klux Klan se soient plus engagés dans leur foi que le reste des protestants, que les inquisiteurs aient plus eu à cœur de défendre leurs valeurs que l’ensemble des catholiques, que les frères Kouachi aient été les plus dévots des musulmans. J’ose même avancer que cela n’a rien à voir avec une quelconque intensité des convictions mais plutôt à celle d’un danger ressenti.

Du Ku Klux Klan né en réaction à la défaite des Etats du Sud et de leurs idéaux, puis à la montée d’une immigration non nord-Européenne altérant le modèle WASP, à l’attaque contre Charlie Hebdo, parangon d’une dérision ébranlant les modèles constitués, en passant par une inquisition combattant les hérésies en pleine expansion aux XIème et XIIème siècles, il s’agit plus de se constituer contre que pour quelque chose. L’émergence de modèles alternatifs, la perte d’une hégémonie de pensée, la remise en question par d’autres de ce à quoi l’on croit, tout cela conduit nécessairement à ébranler ce qui est ou doit être : puisque d’autres pensent et agissent différemment, il y a de facto plusieurs voies possibles. Des vérités absolues n’en sont finalement peut-être pas, les réponses apportées faiblissent. Et hurle toujours aussi fort l’angoisse du questionnement.

L’explosion de ce qu’on qualifie d’extrémisme à travers le monde et les âges n’est-il pas une manière de continuer à se projeter, avec fracas, dans des pistes de réponses mises à mal par la perte de leur prépondérance, de leur influence ? Tout cela se mêle évidemment de réalités économiques, sociales, individuelles qui poussent à la radicalisation et à l’acte. Je ne réponds ainsi pas en exhaustivité au pourquoi du présent article, mon propos est inévitablement ciblé, mais je reste persuadé que la recherche de sens joue son rôle dans de telles crises.

Bien au-delà de l’extrême du terrorisme, n’assisterait-on pas cycliquement, ou même en permanence, à de profondes crises existentielles motivées par l’effondrement d’idéologies, de certitudes, de réponses précédemment apportées ?

Je n’ai, à titre personnel, trouvé la paix que dans le développement de la question. Une fois que celle-ci a émergé, une fois que les vérités sont ébranlées, c’est le seul absolu que je puisse concevoir.

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