Pourquoi Charlie (1/2) ?

J’ai longuement hésité.

Prendre la parole sur ces horreurs, alors que je n’ai aucune légitimité, que je ne suis expert en rien, que j’avais auparavant à peine parcouru quelques rares exemplaires du journal… Mais à quoi bon vouloir poser les questions en passant celle-ci, parmi toutes les autres, sous silence ?

A peine l’interrogation est-elle effleurée qu’on saute aux vérités sécurisantes. On sort les statistiques, on parle de records : attentat le plus meurtrier de France, manifestation la plus suivie, patata. Mais pourquoi ? Ça, on n’en parle pas trop et puis de toute façon c’est bien évident. Ce sont des extrémistes, ce sont des fous, ce sont des cons. Terroristes. Il n’y a rien d’autre à dire, on ne va quand même pas chercher à les comprendre, pourquoi pas les béatifier ? Je m’érige vent debout contre de telles réflexions : poser la question ne signifie aucunement légitimer. Chercher ce qui a pu conduire à cela n’excuse rien. Laisser le tout dans l’obscurité est en revanche criminel, l’histoire ne manquant pas de se répéter. Qu’y-a-t-il donc derrière ce constat d’extrémisme terroriste ? Quant aux autres qualificatifs, si tous les tarés et abrutis que je connais se mettaient à tâter de la kalachnikov, soyez assurés que la fusillade de Charlie Hebdo passerait pour une franche rigolade.

Je ne prétends ni conduire d’analyse du terrorisme ni donner d’explications à travers un si court billet. Je souhaite simplement vous livrer mon sentiment sur ce qui me semble un élément clé, valable à travers les âges et en tout lieu, mais peut-être encore plus criant dans les sociétés actuelles et qui, sans être nécessairement la cause de si effroyables événements, est mis en lumière par ceux-ci. Je perçois dans tout cela une funeste perte de sens (ou peut-être une terreur d’absence de sens). Alors qu’on n’a plus à se battre pour se nourrir, que les idéologies politiques s’effondrent, que subsiste, faute de mieux, un libéralo-capitalisme moribond sans véritable concurrent, qu’on ne s’intéresse plus au religieux, qu’on ne croit plus, le besoin de quête de sens se révèle plus féroce que jamais. Ces distractions permettant en effet, selon le point de vue, soit de ne pas se poser la question, soit d’y répondre.

La suite…

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