Le bonheur, et alors ? (3/3)

Le bonheur ne peut rien fonder d’absolu en cela que son objet est changeant tant selon les personnes que pour le même individu au cours du temps. Si l’impératif catégorique n’est pas le sujet de ce billet, cela conduit tout de même à s’interroger : n’y aurait-il pas de bonheur universel ? Il s’agirait là d’une conception propre à chacun, à la fois familière, on a chacun une vague idée de ce que pourrait être son bonheur ou le bonheur de tous, et à la fois absolument flou et changeant. Une telle variation dans sa conceptualisation même est assurément ce qui l’empêche d’être un but, l’objet du bonheur variant au gré des individus et pour une même personne, au gré des événements. Viser un état et non pas des actions, sans avoir de conception précise de la manière d’y parvenir, ne peut conduire qu’à un tâtonnement absurde, à un éparpillement et éloignement de l’état désiré. Ou alors désigne-t-on tout simplement par bonheur un état générique d’accomplissement sans aucune spécificité, qui ne serait alors qu’un concept-valise sur lequel rien ne pourrait être fondé puisque resterait toujours à définir le but « concret » permettant d’accéder audit bonheur ?

Définir le bonheur en tant que but ultime de la philosophie ou de l’existence est ainsi au mieux une lapalissade, au pire une ânerie délétère : le viser conduisant nécessairement à s’en éloigner. Je choisis de travailler à des buts me permettant de canaliser mon énergie dans le sens que je souhaite lui donner, de polir les éclats que je discerne dans l’obscurité. Et peut-être est-ce en faisant ce qu’on a à faire et en drainant ce qu’on a à drainer, à sa juste valeur et à son juste volume, en accord avec ses souhaits et possibilités, que l’état d’un certain bonheur peut être atteint. La difficulté résidant dès lors dans l’identification de ce qui est à faire et à drainer, dans la résilience de s’y conformer tout en ménageant, si besoin, une voie de réorientation : ce sera sans doute l’occasion de moult billets. Il faudra également aborder la dangerosité d’une telle conception, notamment celui de sombrer dans la banalité de la non-pensée, cauchemar d’Hannah Arendt.

Se sentir à sa juste place, est-ce finalement cela, le bonheur ?

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