Le bonheur, et alors ? (2/3)

Cela me donne l’occasion de vous introduire un second document formidable (auquel je consacrerai également de plus larges analyses) découvert par pur hasard : Il y a des dieux, de Frédérique Ildefonse, qui a véritablement transformé mon approche d’un bon nombre de réflexions. Ce qui m’y interpelle ici est sa thèse que le bonheur pourrait être dû à la faculté, pour chaque individu, de drainer son énergie psychique. Elle y parle beaucoup de rituels, notamment religieux : le point de départ de son analyse étant la constatation des pratiques rituelles dans les terreiros du candomblé mais il s’agit en réalité de tous ces actes permettant à chacun de ne pas être submergé par sa propre énergie, sa propre puissance. Se libérer des contraintes pourrait-il avoir finalement l’effet inverse de celui escompté ? Une énergie deviendrait alors inutilisée, Ildefonse la dit « vacante », les questions, dont celle du sens, commenceraient à se poser et l’angoisse à monter.

Si une telle thèse se vérifiait, le bonheur serait alors une pure résultante du bon investissement d’énergie, non atteignable en but en tant que tel. Arrivé ici, il me faut poser ce que Kant en raconte dans La critique de la raison pratique. Il l’ausculte à l’aune de ce qui sous-tend son ouvrage : l’explicitation d’une loi morale universelle (impératif catégorique), à savoir la loi morale qui devrait être partagé par toute l’humanité. « Le principe du bonheur peut, certes, fournir des maximes, mais jamais de celles qui pourraient servir de lois à la volonté, même si l’on prenait pour objet le bonheur universel. Car, puisque la connaissance de celui-ci ne repose que sur des données d’expérience, que tout jugement à ce sujet dépend essentiellement de l’opinion de chacun, elle-même d’ailleurs fort variable, on peut bien en tirer des règles générales, mais jamais des règles universelles, autrement dit on peut en tirer des règles qui, en moyenne, conviennent le plus souvent, mais non des règles qui doivent être valables en tout temps et nécessairement ; on ne peut donc fonder sur cette connaissance aucune loi pratique. »

La suite…

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