La question, moteur de l’intérêt (2/2)

L’œuvre peut certes continuer à exister sans le que va-t-il se passer :

« Antigone, c’est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu’elle va être Antigone tout à l’heure, qu’elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu’elle va mourir, qu’elle est jeune et qu’elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n’y a rien à faire. Elle s’appelle Antigone et il va falloir qu’elle joue son rôle jusqu’au bout… » – Antigone, Anouilh.

C’est que d’autres questions prennent alors le relai. Comment cela se passera-t-il ? Pourquoi ? Sous quelle forme ? Qu’est-ce qui s’y dissimule ? A quoi cela me fait-il penser ? Qu’est-ce que cela me procure ? La seule question n’est donc pas celle de l’intrigue et d’autres peuvent ainsi sous-tendre l’intérêt. Notez que je n’aborde ici que l’intérêt intellectuel pour la chose : pour ce qui est de l’émotion, de la sensation, bien que lié, cela déplace en partie la discussion sur un autre plan que j’évoquerai dans de prochains articles. Mais alors, pourquoi attendre, à tout prix, une réponse définitive, là tout de suite ?

C’est peut-être l’instinct de survie qui s’exprime dans ce trouble : à trop se questionner sans être conclusif, que pourrait-il y avoir comme progrès ? A ne pas s’engager sur une vérité sous prétexte que d’autres la contrediront, rien ne peut plus émaner. A vouloir préserver indéfiniment le mystère, sans aucune piste de résolution, la question elle-même n’est-elle pas condamnée à l’étiolement ? La seule interrogation porte en elle le danger de l’immobilisme, de l’indécision. Au rond-point dont je vous entretenais précédemment, il faut bien prendre une des bifurcations, au risque de crever à l’embranchement. Je m’inscris bien entendu également dans cette bivalence motivation / angoisse et malgré mes vœux pieux, ces billets sont tout autant porteurs d’éléments de réponses qu’ils le sont de leur questionnement originel. Je choisis simplement de mettre l’emphase sur ce qui, selon moi, est cœur à toute prise de parole. Les vérités ne sont à voir que comme ce qu’elles peuvent être, à savoir des pistes : l’absolu, le moteur, reste indéfectiblement le questionnement.

Laisser un commentaire