La question, moteur de l’intérêt (1/2)

J’ai tout de même le sentiment, avec ma petite affaire du questionnement, de toucher à l’un des ressorts de l’humanité, dépassant la philosophico-tartine que je vous ai étalée sur l’universel.

Tout type d’intérêt, artistique, scientifique, culturel, esthétique… n’est-il finalement pas lié à une interrogation, à quelque chose à découvrir ? De manière évidente et monomaniaque, le genre policier repose sur un socle unique, exploité encore et encore. Qui est l’assassin ? Au-delà de ce genre spécifique, le travail de fiction repose nécessairement sur l’intérêt des lecteurs pour le développement des personnages, d’une histoire : partant d’une ou de multiples situations pour s’acheminer vers une résolution. L’intérêt est donc naturellement porté par ce questionnement. Qui a tué Laura Palmer ? Comment et avec qui Scarlett trouvera-t-elle le bonheur ? Qui triomphera de l’Empire ou de l’Alliance rebelle ? Pourquoi est-il aussi méchant ? Lorsque se sont fait entendre les réponses, lorsqu’il n’y a plus d’énigme, il n’y a tout simplement plus d’histoire car tout a été dit.

Ce qui conduit nécessairement à penser que tout intérêt est dû au mystère à découvrir et cela ne fonctionne pas différemment en-dehors de la fiction : pour l’esprit scientifique par exemple, il s’agit de décrire l’univers, de tirer des lois explicatives du comment et du pourquoi, de classer les espèces pour déchiffrer le quoi. Plus largement, derrière la motivation, l’élan de la vie humaine, ne trouverait-on pas un besoin de répondre à une réflexion existentielle ? Jusqu’à ma mort, comment vais-je orienter mon chemin ? Qu’y a-t-il au-delà ? Quelle désespoir ce serait de se voir révéler la totalité de sa vie à venir, d’obtenir la certitude sur l’après-trépas… je plains celui qui devrait subir pour le restant de ses jours une existence dont il connaîtrait les moindres aléas. Comment ne pas en devenir fou ? Je vous parlerai un jour du don maudit de conscience réflexive.

Toute prise de parole, tout souhait de connaissance, toute marque d’intérêt est donc volonté d’éclaircir un questionnement, ce qui rejoint ce dont je vous entretenais dans mon dernier billet.

— Quel besoin d’en faire tout un foin ?

Le foin est mon sentiment que malgré l’importance capitale de l’interrogation, l’emphase est toujours mise sur la réponse, comme si l’on était trop pressé d’apporter une vérité sécurisante sur une question qui n’est potentiellement même pas encore posée. Comme si la motivation primale de l’humanité, l’élan vers l’inconnu, le mystérieux, s’accompagnait d’une panique de ne pas savoir s’y prendre. Combien de livres gâchés en ayant violé la dernière page ? Combien de films dénaturés par des spoilers assassins ?

La suite…

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