La question, l’universel (2/2)

Loin de moi l’idée de rabaisser toute tentative d’apporter une résolution. Ma conviction est cependant qu’une vérité ne tient que parce qu’elle apporte une nouvelle conception, un autre point de vue, et participe ainsi d’élargir le champ de l’interrogation. Chaque réponse porte en elle un élément d’universel, en cela qu’elle étoffe le questionnement et donne l’occasion de trouver, à sa suite, de nouvelles tentatives de vérité et donc de perpétuer un apprentissage constant. Il ne s’agit pas de dénigrer lesdites propositions de résolution : quelle valeur aurait un « Dieu existe-t-il ? » sans l’ensemble des conceptions positives, négatives ou incertaines, sans l’ensemble des représentations, des religions, des fidèles, des actes de foi ? Assurément aucune : la question n’a de valeur que par la multiplicité des visions qu’elle génère et par la ferveur de celles et ceux qui s’y projettent.

Il n’en demeure pas moins que dès lors qu’une réponse est apportée, elle en exclut de facto d’autres, apportées elles aussi par des individus. D’universel, de partagé par tous, il ne reste que le questionnement originel, augmenté assurément de l’ensemble de la production intellectuelle qu’il charrie, chacun se l’appropriant de manière unique et le fondant en sa réponse propre. J’aime bien l’image, quoique tarte à la crème, du chemin qu’on parcourrait tout au long de son existence. Les questions pourraient être vues comme les bifurcations possibles, comme les croisements de plusieurs routes. Une vérité serait alors une des directions offertes : il y aura dès lors toujours quelques bougres pour suivre l’une ou l’autre. En revanche, le point de séparation, à savoir la question, est bien emprunté par tous ceux qui se sont rendus jusque-là. Il est clair que sans les routes alternatives, le point de séparation n’a pas lieu d’être, puisqu’il ne conduirait à rien d’autre qu’à la continuation de la route originelle : il reste cependant le seul élément universel, tout le monde devant le traverser, indépendamment de l’embranchement choisi à sa suite. Reste le cas de ceux qui n’ont jamais l’occasion de passer par le rond-point en question. Cela m’intrigue diablement : sur ce long chemin, est-il possible de ne jamais franchir certaines des bifurcations, même inconsciemment, même en fonçant dans le tas, même en taillant la route ? A creuser.

Pour sortir du silence, alors que je n’ai aucune idée d’où me diriger, alors que, fait du démon, tous les chemins pour moi se valent, je ne peux être que le bâtisseur du rond-point, l’afficheur de la signalétique des déviations. Sans pour autant pouvoir conseiller l’un ou l’autre itinéraire. Je choisis donc de prendre la parole, au gré de mon quotidien, au sujet des croisements que j’ai édifiés ou tout simplement empruntés, et qui me semblent constituer les seuls morceaux d’universalité.

Je tente l’universel et pose les questions.

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