La question, l’universel (1/2)

Je suis, comme vous le savez, quelque peu taraudé par ce qui mérite d’être dit.

Quoi de mieux pour commencer à parler que d’attaquer par l’universel, ce qui a toujours été partagé par tous et le sera indéfiniment ?

Pas de velléité assommante de ne parler que de « grandes choses » : pour quelqu’un qui n’a rien à dire, je me sens simplement plus à l’aise de commencer par ce qui trouvera un écho en chacun. Tout monomaniaque a son dada et voici donc celui que je me suis inventé. J’aurais également pu disserter sur la meilleure méthode pour zigouiller des gamines dans les parkings ou encore sur le bon dosage de Marsala dans le tiramisu. N’appréciant ni le sirupeux des desserts alcoolisés ni le babillage de quelque moutard que ce soit, je vote pour la prise de tête sur l’universel, tant pis pour les Dutroux et soiffards de supermarché parmi vous. On lit le psychopathe qu’on mérite.

Quel universel donc ? Quelle vérité peut être partagée par l’ensemble de l’humanité ? Aucune originalité là-dedans, Blaise en a déjà touché deux mots avec son histoire de Pyrénées. Je vois d’ici les grenouilles de bénitier et leurs congénères de tourbière sourire avec condescendance :

— Encore un perdu du relativisme…

Le gros mot est lâché. L’embêtement est que le relativisme n’est ni une conviction ni une prise de position, c’est une constatation. Il ne s’agit aucunement de dénigrer l’attachement à certaines valeurs : j’en ai pour ma part très peu mais ne manque pas d’admirer celui qui fait son possible pour se conformer à ce qu’il prêche. Pour tordre le cou à d’interminables discussions, je ne m’aventurerai pas sur le domaine de l’existence ou non d’idées transcendantes qui devraient être partagées par tous au nom d’un quelconque ordre moral, scientifique, artistique, barbiturique. Certaines conceptions peuvent bien sûr être communes à un groupe, voire à une majorité de personnes ou encore, dans de très rares cas, à l’ensemble des individus d’une époque ou d’un endroit donné. Je serais en revanche bien dépourvu pour en citer une seule partagée universellement, à savoir par tous, en tout lieu et de tout temps. Du but de la vie jusqu’au torchage de croupe en passant par l’existence de Dieu, la définition du bonheur, la manière d’appréhender la famille ou de confectionner les tomates-farcies, chaque époque, chaque pays, chaque population, chaque individu a sa recette, son opinion, sa vision. Certains instants bénis permettent de se retrouver ponctuellement autour d’une vérité commune, on éprouve alors le formidable sentiment d’appartenir à une communauté d’esprit, on se sent en famille, on se sent chez soi. On s’imagine alors parfois en détenteur du dogme vrai absolument. Or force est de se rendre à l’évidence, il y a toujours pour concevoir différemment de soi. Que reste-t-il alors d’universel si toutes les réponses varient ? Ce qui est à l’origine desdites réponses : le questionnement.

La suite…

2 commentaires à propos de “La question, l’universel (1/2)

    1. Merci de votre commentaire plein de finesse. Réfléchir me stimule et, d’une certaine façon, me fait effectivement jouir.
      Je ne peux que vous encourager à essayer : vous verrez, c’est amusant.

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