La paix retrouvée

Face au vide 3/4 – Nous relier au monde : une méthode

Alors que notre époque nous laisse, en grande partie, libres de nos opinions, de nos choix de vie, il nous a été jusqu’à présent impossible de nous constituer une identité commune et de générer notre propre sens. L’ensemble de nos normes, convictions, règles, savoir, tout ce qui constitue notre paradigme s’altère et se modifie : c’est la perméabilité, qui nous permet certes de progresser, mais est également l’écueil dans lequel se perd toute tentative de construction d’identité, et qui peut nous faire basculer dans l’horreur. Il est par ailleurs devenu ô combien difficile de faire la différence, de compter, de trouver du sens dans un monde pénétré de violence.

Alors que tout peut changer, que nous ne sommes plus contraints, nous avons tout pour être libres ; c’est cependant pour beaucoup une aliénation qui génère une profonde perte d’identité, de sens. Concrétiser cette liberté, c’est le challenge du relativisme, d’une existence sans essence. Trouver un savant balancier pour bénéficier de la perméabilité et évoluer, tout en prenant le recul nécessaire pour ne pas sombrer.

Notre absolu existe pourtant : que ce nouveau cogito soit le fondement de notre construction commune ! Le questionnement, irréfutable et partagé par tous, fait de nous des hommes, des sujets pensants. Si les vérités passent, sont modifiées, le questionnement demeure. La question seule est pourtant stérile : pour progresser, il faut formuler une réponse, choisir et s’éloigner ainsi d’un universel, en laissant de côté ce qui est pertinent pour certains. C’est là que démarre mon interprétation, personnelle, ma proposition de méthode, pour nous sortir d’une identité purement formelle, sans contenu. En se prononçant, on s’éloigne individuellement de l’absolu mais on le construit collectivement ; on progresse et permet en retour à la question, jamais élucidée, de tendre vers une forme d’exhaustivité. Garder en tête que seule la question est absolue et y revenir, par jeu de miroir, pour soi-même grandir et ne pas se laisser enfermer dans sa seule réponse, qui nécroserait alors son progrès. Un mouvement infini de balance et de mise en abyme.

Une fois cela établi, sur le plan pratique, nous connecter à nouveau à une forme d’essence, au monde dans sa globalité. Tout d’abord les connaissances et la pratique utiles, permettant d’influer sur notre environnement, de ne pas être laissé pour compte d’un monde qui avancerait sans nous. En parallèle, nous forcer à relier ce que nous percevons immédiatement à un tout qui nous dépasse. L’exemple de la ruine : une pierre qui prend son sens aujourd’hui en la reliant au monument dont elle a fait partie. Procéder de la sorte pour tel objet, idée, personne, sentiment : les envisager dans leur contexte passé, présent ou futur. Etablir des ponts, quels qu’ils soient, relier, confronter, dépasser la signification immédiate, utile, exploitable. Un des moyens, tel un rituel : tendre vers un objectif, lointain, inaccessible même ; la pratique pour la pratique sans viser l’utile, pour s’extirper de son environnement extérieur immédiat, se canaliser, se transcender.

S’insérer dans le monde, en être partie prenante, opérer un retour sur soi tout en se projetant continuellement : l’absolu, un tout qui dépasse chacun individuellement mais réunit collectivement. Et ainsi créer bien plus que ce qu’on aurait pu imaginer. Faire ainsi fusionner, à l’échelle individuelle et collective, l’entité humanité (et, par extension possible, celle de tous les sujets pensants) qu’on parvient désormais à construire et le monde auquel on est dorénavant relié. Que les deux s’engendrent l’un l’autre !

Travaille ton progrès, ton utilité, mais tends également vers plus loin que toi. Choisis ta quête, fixe tes buts, creuse ton chemin, tout en ne perdant pas le lien avec l’absolu qui te dépasse. N’éprouve plus les possibles qui s’offrent à toi comme une aliénation, vois et ressens ce terrain de liberté, réconcilie les contraires, dépasse les paradoxes, fais partie de l’entité qui nous unit, que le monde soit extension de toi-même !

Face au vide – Bibliographie