Ecrire pour de mauvaises raisons… et s’en réjouir

« L’écriture ne doit pas être une thérapie. »

Me traînant plusieurs années de velléités, jusqu’ici tout à fait infructueuses, de devenir romancier, j’avoue ne pas lésiner sur les conseils en matière d’écriture, sur les bonnes et les mauvaises raisons pour se lancer, sur la façon de dire ceci plutôt que cela et cetera.

Soyons honnêtes : c’est le bordel. Entre les marie-conniches qui enjoignent à toujours croire en ses rêves, à ne jamais se laisser décourager, à s’y accrocher sinon que vaudrait la vie n’est ce pas et les écrivains suffisants persuadés que la seule raison valable pour toucher à un clavier est d’être tout entier pénétré d’une douloureuse et viscérale nécessité, il est difficile de s’y retrouver. Pas de règle claire en somme.

Si ce n’est celle-ci : « l’écriture ne doit pas être une thérapie ». Les raisons ne me semblent d’ailleurs pas forcément dénuées de bon sens. Premièrement, ce n’est pas en les couchant sur l’écran que les problèmes, quels qu’ils soient, seront réglés. Ensuite, faire sa propre thérapie reste fort hasardeux en termes d’objectivité et d’exhaustivité. Deux raisons qui induisent déjà un doute substantiel quant au succès de ladite thérapie : un constat qui serait déjà largement suffisant en soi pour stopper net l’exercice. La troisième raison et la plus légitime à mes yeux : le lecteur potentiel a déjà bien du mal à s’occuper de ses propres problèmes, sans parler de ceux de ses proches qu’il fuit sans aucun doute. Alors s’embarrasser de ceux d’un scribouillard sans talent, autant dire qu’il ne peut que s’en cogner impérialement. J’en suis l’exemple-type : ayant du mal à gérer mes quelques soucis, d’où les présents atermoiements, et fuyant comme la peste noire ceux des proches qu’il me reste, je me balance sans vergogne de ceux que je ne connais pas. Nuance immédiate : par-delà l’indifférence, les problèmes de la masse grisâtre d’inconnus peuvent parfois tendre vers un certain côté positif. Il est finalement plaisant de voir que ceux dont on se fout ont une vie bien merdique, c’est que ça va finalement plutôt pas si mal du côté de chez soi.

Alors voilà : le seul conseil partagé par tous, je m’assois princièrement dessus. Ceci est ma thérapie. Cela ne me fera vraisemblablement aucun bien sur le long terme, peut-être cela me sera-t-il même préjudiciable en me détournant de m’attaquer à la racine du mal, cela ne sera clairement pas objectif et cela ne vous intéressera de toute évidence pas le moins du monde. Mais c’est ce que je donne à lire, pas plus pas moins. Au moins la perspective de balancer tout cela bien comme il ne faut pas me réjouit-elle.

Je vous laisse même en rire et y prendre du plaisir ; j’avoue que cela me peinerait si cela ne devait que vous indifférer.

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