La question, l’universel ; des réponses, un progrès

Nos affaires concernant le questionnement et l’universel ne sont décidément pas simples.

Je vous indiquais dans mes premiers billets que ma conception de l’absolu passait nécessairement par le questionnement, qu’il s’agissait là de la seule « vérité » possible partagée par tous. Un absolu purement interrogatif : dès qu’une tentative de réponse est apportée, elle en exclut de facto d’autres ; dès que la proposition A est considérée comme vrai, c’est que non-A en devient faux. A et non-A auront pourtant toujours leurs adeptes, nous y reviendrons prochainement. Les réponses érigées en tant que vérités ne sont donc ni partagées par tous, ni ne demeurent dans le temps, a contrario du questionnement originel qu’on peut tout au plus ignorer, en aucun cas réfuter. A la question, au hasard, de savoir si Dieu existe, chacun possède sa propre conviction et les réponses, bien loin même d’être binaires, sont multiples et diverses. Seule la question initiale est partagée. Et c’est à cela que j’ai envie de consacrer mes articles. Le lieu du questionnement, Sans Echo.

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Le bonheur, et alors ? (3/3)

Le bonheur ne peut rien fonder d’absolu en cela que son objet est changeant tant selon les personnes que pour le même individu au cours du temps. Si l’impératif catégorique n’est pas le sujet de ce billet, cela conduit tout de même à s’interroger : n’y aurait-il pas de bonheur universel ? Il s’agirait là d’une conception propre à chacun, à la fois familière, on a chacun une vague idée de ce que pourrait être son bonheur ou le bonheur de tous, et à la fois absolument flou et changeant. Une telle variation dans sa conceptualisation même est assurément ce qui l’empêche d’être un but, l’objet du bonheur variant au gré des individus et pour une même personne, au gré des événements. Viser un état et non pas des actions, sans avoir de conception précise de la manière d’y parvenir, ne peut conduire qu’à un tâtonnement absurde, à un éparpillement et éloignement de l’état désiré. Ou alors désigne-t-on tout simplement par bonheur un état générique d’accomplissement sans aucune spécificité, qui ne serait alors qu’un concept-valise sur lequel rien ne pourrait être fondé puisque resterait toujours à définir le but « concret » permettant d’accéder audit bonheur ?

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Le bonheur, et alors ? (2/3)

Cela me donne l’occasion de vous introduire un second document formidable (auquel je consacrerai également de plus larges analyses) découvert par pur hasard : Il y a des dieux, de Frédérique Ildefonse, qui a véritablement transformé mon approche d’un bon nombre de réflexions. Ce qui m’y interpelle ici est sa thèse que le bonheur pourrait être dû à la faculté, pour chaque individu, de drainer son énergie psychique. Elle y parle beaucoup de rituels, notamment religieux : le point de départ de son analyse étant la constatation des pratiques rituelles dans les terreiros du candomblé mais il s’agit en réalité de tous ces actes permettant à chacun de ne pas être submergé par sa propre énergie, sa propre puissance. Se libérer des contraintes pourrait-il avoir finalement l’effet inverse de celui escompté ? Une énergie deviendrait alors inutilisée, Ildefonse la dit « vacante », les questions, dont celle du sens, commenceraient à se poser et l’angoisse à monter.

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Le bonheur, et alors ? (1/3)

La présente époque est celle du bonheur arlésien : on n’en a jamais autant parlé et peut-être n’en a-t-on jamais été si loin. En parler, cela semble bien normal. Dans les sociétés occidentales les obstacles matériels à l’apaisement sont ainsi assez largement tombés : nourriture disponible pour presque tous, temps de guerre révolus, niveau de vie en moyenne satisfaisant. Les sujets de réflexion, de croyance se sont par ailleurs en partie envolés : effondrement des idéologies, baisse de l’influence des religions, perte de confiance dans le politique.

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La question, moteur de l’intérêt (2/2)

L’œuvre peut certes continuer à exister sans le que va-t-il se passer :

« Antigone, c’est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu’elle va être Antigone tout à l’heure, qu’elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu’elle va mourir, qu’elle est jeune et qu’elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n’y a rien à faire. Elle s’appelle Antigone et il va falloir qu’elle joue son rôle jusqu’au bout… » – Antigone, Anouilh.

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La question, moteur de l’intérêt (1/2)

J’ai tout de même le sentiment, avec ma petite affaire du questionnement, de toucher à l’un des ressorts de l’humanité, dépassant la philosophico-tartine que je vous ai étalée sur l’universel.

Tout type d’intérêt, artistique, scientifique, culturel, esthétique… n’est-il finalement pas lié à une interrogation, à quelque chose à découvrir ? De manière évidente et monomaniaque, le genre policier repose sur un socle unique, exploité encore et encore. Qui est l’assassin ? Au-delà de ce genre spécifique, le travail de fiction repose nécessairement sur l’intérêt des lecteurs pour le développement des personnages, d’une histoire : partant d’une ou de multiples situations pour s’acheminer vers une résolution. L’intérêt est donc naturellement porté par ce questionnement. Qui a tué Laura Palmer ? Comment et avec qui Scarlett trouvera-t-elle le bonheur ? Qui triomphera de l’Empire ou de l’Alliance rebelle ? Pourquoi est-il aussi méchant ? Lorsque se sont fait entendre les réponses, lorsqu’il n’y a plus d’énigme, il n’y a tout simplement plus d’histoire car tout a été dit.

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La question, l’universel (2/2)

Loin de moi l’idée de rabaisser toute tentative d’apporter une résolution. Ma conviction est cependant qu’une vérité ne tient que parce qu’elle apporte une nouvelle conception, un autre point de vue, et participe ainsi d’élargir le champ de l’interrogation. Chaque réponse porte en elle un élément d’universel, en cela qu’elle étoffe le questionnement et donne l’occasion de trouver, à sa suite, de nouvelles tentatives de vérité et donc de perpétuer un apprentissage constant. Il ne s’agit pas de dénigrer lesdites propositions de résolution : quelle valeur aurait un « Dieu existe-t-il ? » sans l’ensemble des conceptions positives, négatives ou incertaines, sans l’ensemble des représentations, des religions, des fidèles, des actes de foi ? Assurément aucune : la question n’a de valeur que par la multiplicité des visions qu’elle génère et par la ferveur de celles et ceux qui s’y projettent.

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