Au revoir Michelle, merci Reiko

Ne faisons ni une ni deux, je l’avoue tout de go : la situation pourrait tendre au pathétique et c’est non sans circonspection que je constate ma propre réaction. Lâchons l’aveu : je suis depuis quelques heures troublé par la mort d’un de mes personnages préférés dans la série 24 (24 heures chrono dans nos contrées)… no comment.

Enfin si, commentons : j’en suis le premier surpris. Alors que je suis depuis un certain temps comme étranger à mes propres émotions, naviguant dans le quotidien avec une certaine étanchéité à tout ce qui peut se passer, que cela peut-il bien vouloir dire ?

Aparté : il s’agit d’événements se déroulant dans la cinquième saison du show (diffusée en 2007) et que je ne découvre que maintenant. Je m’autorise donc à « spoiler » mais que celles et ceux qui souhaiteraient encore la découvrir ne continuent pas leur lecture.

Dans les premières minutes de la saison (selon ce que j’ai pu glaner sur Internet, quasi-unanimement considérée comme la meilleure), un certain nombre de personnages principaux sont tués, dont Michelle Dessler, interprétée par la touchante Reiko Aylesworth. Pourquoi ce personnage-là m’atteint-il plus que les autres ? Une des raisons que j’entrevois est que, contrairement à d’autres, Michelle a toujours été écrite avec une extrême justesse : elle n’a par exemple jamais endossé le rôle de la « super-héroïne » qui renverserait à elle toute-seule une organisation terroriste. Elle était pourtant forte, extrêmement même, mais n’a jamais franchi la si fine limite qui aurait fait dire que ce genre de personne n’existe qu’à l’écran. Humaine donc, toujours. On l’a vu ainsi évoluer comme on aurait observé une amie sur plusieurs années, se révéler comme une femme tout à la fois d’un courage et d’une volonté de fer mais également d’une vraie sensibilité, sur qui le héros peut compter sans relâche. Quelqu’un qu’on aimerait connaître.

Pourquoi cela me touche-t-il ainsi ? Cela n’est qu’une fiction.

Peut-être qu’en ces temps où il m’est particulièrement difficile de ressentir quoi que ce soit, le décalage entre ce personnage et que j’en attendais (on ne regarde pas 24 pour une affaire de sentiments), a-t-il touché quelque chose chez moi. Peut-être les circonstances de sa mort jouent-elles également : elle n’est en effet qu’une victime collatérale d’une machination qui ne la concerne pas et son départ est tout bonnement éclipsé par le décès d’un autre personnage quelques minutes auparavant. Toute l’intrigue se développe ensuite autour de ce dernier. Pour Michelle, cela n’est aucunement porteur de sens : sa disparition est comme gratuite. Si la mémoire de l’autre semble irriguer toutes les péripéties à suivre et hanter tous les survivants, elle passe rapidement aux oubliettes. Seul son mari devrait en être véritablement perturbé (occasionnant certes par la suite de nouvelles aventures, mais uniquement par le truchement de l’époux rescapé) : pour les autres, pour ses amis proches même, sa mort n’est qu’un épiphénomène noyé au sein des événements.

Peut-être cela me perturbe-t-il aussi car, même dans ses derniers instants, son destin fait-il ainsi écho à ce qu’on peut vivre, chaque jour. On meurt et cela n’a pas de sens particulier. On meurt et le monde continue outrageusement. Seuls les quelques proches véritables en sont affectés, pour un temps. Une vie s’arrête et une existence est comme effacée. Quant à moi, sans écho, j’espère toucher et ne pas être oublié.

Ridicule, cette sensiblerie ? Sans aucun doute.

Je la revendique néanmoins. Car quelque chose en a été changé.

Au revoir, Michelle. Merci Reiko, ce à quoi que tu as donné vie a compté.

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